Lettre ouverte à nos collègues techniciens, producteurs, distributeurs, diffuseurs, programmateurs…
Chères et chers collègues,
Depuis trop longtemps le terme impropre de « monteur image » s’infiltre dans les tableurs des producteurs, les budgets, les plannings, les bibles… Il s’incruste jusqu’aux génériques des films et des programmes et a fini par se propager dans le langage courant.
Pourquoi l’usage de ce terme est-il un problème ? Parce qu’il n’a pas de sens : nous, monteurs, monteuses, ne montons pas des « images », nous montons des films ; nous montons des récits, faits de séquences construites à partir de plans synchrones (ou non) et de sons.
Comment construire un récit filmique sans prendre en compte sa dimension sonore, sans travailler les paroles, les sons, le in, le off, les musiques ? Comment faire cheminer la pensée et les émotions d’un film sonore sans monter du son ? Nos choix sont tout autant déterminés par l’intérêt d’un son, sa puissance d’évocation, sa musicalité, par le sens des paroles, des non dits, du grain d’une voix, par la surprise d’un événement sonore dans le direct… Lorsque nous construisons une scène, tantôt c’est plutôt le son qui nous guide, tantôt c’est plutôt l’image. Le dire de cette façon est même simpliste car c’est un tout que nous travaillons.
Ce terme de « monteur image » masque la réalité de notre travail qui ne consiste pas à réaliser une bande « image » mais à élaborer la construction d’un film en collaboration avec le réalisateur ou la réalisatrice. Ce travail repose sur un dialogue continu avec les collaborateurs en amont et en aval, les producteurs, les diffuseurs ou distributeurs et sur l’accompagnement sans faille des réalisateurs et réalisatrices. Il s’inscrit dans la continuité et la remise en jeu du travail d’écriture, de mise en scène et du tournage. Ce travail, qui donne au film sa forme, sa tension, son rythme et sa durée finale, s’appelle le montage, tout simplement.
Ce qui nous dérange encore, c’est que le terme « montage image » véhicule la vision d’un travail morcelé — le film serait le produit d’une série d’étapes techniques indépendantes les unes des autres — et légitime implicitement notre éviction des étapes de montage son et de mixage, alors que celles-ci sont le prolongement de notre travail et le déploient. Cette vision erronée est dommageable pour les films. Le monteur a une connaissance précise des intentions développées avec le réalisateur tout au long du montage. Il en est en quelque sorte le garant et à ce titre il échange avec les collaborateurs artistiques et techniques qui interviennent aux étapes suivantes de la fabrication du film ou du programme.
Enfin, ce terme ne respecte pas non plus la dénomination de notre fonction inscrite dans les conventions collectives du cinéma et de l’audiovisuel (« chef monteur cinéma » ou « chef monteur » selon la convention).
Chères et chers collègues, merci d’être attentifs à l’emploi des mots dans le cadre du travail, dans vos documents écrits, dans vos conversations avec le public… Merci de bannir de votre vocabulaire ce terme de « monteur image » et de nous créditer correctement dans les génériques : montage, monteuse, monteur, cheffe monteuse, chef monteur.
Les Monteuses et monteurs associés